L’ANCT lance son incubateur des territoires

Dans les services de protection maternelle et infantile (PMI) départementaux du Pas-de-Calais, la gestion des rendez-vous était jusqu’à peu un casse-tête, les annulations désorganisant les plannings des agents. Un "problème" investigué par des spécialistes du design de services numérique qui a débouché sur la création d’une application de gestion des rendez-vous et des relances (voir le détail du projet Lapins dans la banque d’expériences Territoires Conseils). Cet outil a depuis été déployé dans plusieurs départements. C’est cette logique de "résolution des problèmes", utilisant des méthodes "agiles" et autres POC (preuves de concept) que le nouvel incubateur des territoires de l’ANCT entend développer et promouvoir.

Beta.gouv adapté aux territoires

En place depuis quelques semaines, l’incubateur des territoires reprend les concepts et méthodologies mises au point par les équipes de Beta.gouv, la task force innovation de la direction interministérielle du numérique (Dinum). "Si l’ambition est la même, l’incubateur de l’ANCT vise à répondre aux besoins spécifiques des collectivités territoriales et à favoriser les synergies entre territoires" explique Bérengère Aujard, cheffe de projets au sein de l’ANCT après avoir participé à l’aventure "Aidants connect" (voir notre article du 18 juillet 2019). Parmi la quinzaine de projets portés par des territoires figurant sur le site beta.gouv, certains se recoupent en effet. C’est le cas par exemple de l’identification des "bons contacts" dans les collectivités, initié par quatre territoires. Ceux-ci vont être invités à échanger pour trouver des briques mutualisables qui pourront ensuite être proposés à l’ensemble des collectivités. "À terme nous envisageons un 'territoire store' où pourront venir piocher les collectivités" indique Bérengère Aujard. L’incubateur – aujourd’hui une équipe de cinq personnes basée avenue de Ségur à Paris – a également vocation à essaimer dans les territoires. C’est ainsi que la ville du Havre et Le Havre Seine Métropole ont lancé le 13 octobre un programme d’investigations avec l’incubateur de l’ANCT portant sur les services publics locaux. Celui-ci pourrait préfigurer des incubateurs locaux ayant vocation à travailler en réseau... 

Appel à investigations

La stratégie de résolution rapide des problèmes – dont l’esprit a été salué par le récent rapport de la cour des comptes sur la Dinum (voir notre article du 21 octobre) -  se déroule selon plusieurs phases. Une première phase consiste, à partir d’un problème soumis par "une collectivité ou un agent", à "l’investiguer" pour déterminer les raisons du dysfonctionnement. Les collectivités de toutes tailles sont donc aujourd’hui invitées à soumettre des problèmes à résoudre via le site internet. Les projets listés sur Beta.gouv montrent le champ des possibles : le "contrôle technique du logement" au bénéfice des mal-logés à Pau, l’accès des jeunes au permis de conduire dans les Hauts-de-France, la diminution du gaspillage alimentaire dans l’Oise, l’autopartage citoyen à Mouans-Sarthoux ou encore la consommation de produits locaux à la cantine dans la Somme. La crise du Covid-19 a par ailleurs fait émerger d’importants besoins autour du télétravail des agents et des outils collaboratifs.

Solution existante ou à développer

La phase d’investigation est réalisée par des expert du numérique et de l’UX design travaillant aux côtés des services des collectivités. "Cette phase dure 9 à 12 semaines, elle est prise en charge totalement par l’État sous forme d’une douzaine de journées/homme" détaille la responsable de l’incubateur. L’investigation peut déboucher sur des préconisations organisationnelles, montrer qu’il existe des solutions adaptées sur le marché ou encore proposer de concevoir un outil sur mesure. Dans ce cas, "plutôt rare", une "start-up de territoire" sera mise en place pour développer une application avec l’appui des équipes de Beta.gouv. Une fois testée avec succès, l’application et ses développements seront mis à disposition des administrations sur des plateformes comme Github. En attendant le "territoire store". 

Article de la Banque des Territoires